Publié le 12 mai 2024

En résumé :

  • Le secret n’est pas de bien conduire, mais de comprendre le « savoir-rouler » local : anticiper, communiquer et respecter.
  • Le klaxon n’est pas une option, c’est votre voix. Un coup bref avant chaque virage aveugle et chaque tunnel est une règle de survie.
  • Face à un bus, n’ayez pas honte de reculer. C’est la preuve de votre intelligence, pas de votre incompétence.
  • Les pauses, notamment au « Petit Serré », ne sont pas pour les touristes, mais pour laisser reposer votre cerveau et vos freins.
  • Le frein moteur est votre meilleur ami en descente. L’utiliser, c’est éviter la surchauffe et la catastrophe.

L’odeur des freins chauds, la sueur sur le volant, le bruit de la tôle qui frotte contre la paroi rocheuse… C’est la hantise de tous ceux qui s’attaquent pour la première fois à la route de Cilaos. On vous a parlé de la RN5 comme d’une attraction, la fameuse « route aux 400 virages ». Mais moi, qui la parcours tous les jours au volant de mon bus, je vous le dis : le vrai défi, ce ne sont pas les virages. Le vrai test, ce sont ces tunnels étroits, taillés à même la roche, où le droit du plus malin l’emporte sur le Code de la route.

Oubliez ce que vous avez appris à l’auto-école. Ici, la conduite est un dialogue, une danse. Le plus grand danger n’est pas la falaise, mais le « zoreil » (le touriste) qui pense que rouler vite est un signe de maîtrise. L’enjeu n’est pas d’arriver le premier, mais d’arriver entier, avec une voiture intacte. Les tunnels comme celui de Peter Both, long de 170 mètres, ou de Gueule Rouge, ne pardonnent pas l’hésitation. La règle est simple : le premier engagé a la priorité absolue. Vous arrivez devant, une voiture est déjà dedans ? Vous attendez. C’est tout. N’essayez même pas de forcer, c’est le meilleur moyen d’y laisser un rétroviseur, ou pire.

Mais si la vraie clé n’était pas la technique, mais l’attitude ? Si la route de Cilaos ne demandait pas un pilote, mais un élève humble et attentif ? C’est ce que j’appelle le « savoir-rouler cilaosien ». C’est un mélange d’anticipation, de communication par klaxon et de respect mutuel. Dans cet article, je ne vais pas vous donner des conseils de touriste. Je vais vous apprendre à lire la route, à l’écouter et à la négocier comme si vous y étiez né. Nous verrons comment gérer la nausée, pourquoi le klaxon est votre meilleure assurance vie, comment collaborer avec les « gros calibres » comme mon bus, et pourquoi vos freins vous supplieront de connaître le secret du frein moteur.

Cet article est votre formation accélérée pour passer du conducteur angoissé au pilote serein sur la plus mythique des routes de La Réunion. Suivez le guide, et vous comprendrez la musique de ses virages au lieu de subir son tracé.

Conducteur ou passager : qui est le plus sujet à la nausée dans les 400 virages et comment l’éviter ?

La question revient tout le temps : qui souffre le plus sur la route de Cilaos ? La réponse est sans appel : le passager. Et surtout, celui qui est assis côté ravin. Le conducteur, lui, est trop occupé à anticiper le prochain virage pour avoir le temps d’être malade. Son regard est fixé loin devant, son cerveau est en mode « projet », il est acteur de la trajectoire. Le passager, lui, est une victime. Il subit les accélérations latérales et, pire, son œil est irrésistiblement attiré par le vide. C’est ce que j’appelle la « psychologie du ravin » : plus on regarde le danger, plus on se sent mal.

La route ne se contente pas de 400 virages, elle en compte 420 virages exactement sur 35 kilomètres, un enchaînement quasi ininterrompu qui met le système vestibulaire (notre oreille interne) à rude épreuve. Pour le passager, le décalage entre ce que ses yeux voient (un paysage qui défile et plonge) et ce que son corps ressent (des forces G latérales) crée un conflit sensoriel qui déclenche la nausée. Le conducteur, en synchronisant ses mouvements avec la route, réduit ce conflit.

Alors, comment on survit en tant que passager ? Premièrement, interdisez-vous de regarder dans le vide ou de fixer votre téléphone. Forcez votre regard à se porter sur l’horizon, le point le plus stable du paysage, ou sur la route loin devant, comme le conducteur. Deuxièmement, respirez. Une respiration lente et profonde aide à calmer le système nerveux. Enfin, demandez des pauses. Ne faites pas le héros. Un arrêt de cinq minutes au Petit Serré peut faire toute la différence. C’est le moment de descendre, de marcher un peu et de réinitialiser votre équilibre. La route est une expérience, pas une course.

En somme, le secret pour le passager est de devenir mentalement un co-pilote : anticiper avec les yeux, respirer avec le ventre et ne jamais, jamais, se laisser hypnotiser par le ravin.

Pourquoi klaxonner avant les virages aveugles est-il une règle de survie locale ?

Sur le continent, un coup de klaxon est une insulte. Ici, sur la route de Cilaos, c’est un « bonjour, j’arrive, fais attention ». C’est la politesse de la survie. La route est si étroite et les virages si serrés que la visibilité est souvent nulle. Le klaxon n’est pas une option, c’est votre radar, votre sonar. C’est la seule façon de dire à celui qui arrive en face : « Attention, mi lé la ! » (je suis là). Oublier de klaxonner, c’est comme conduire les yeux fermés en espérant que personne n’arrive en face. C’est jouer à la roulette russe avec un 4×4.

Cette pratique est si ancrée qu’elle est devenue un véritable langage, un code non-écrit que tout le monde comprend. Comme le rappellent les guides locaux avisés :

Les Réunionnais vous conseilleront, à raison, de klaxonner lorsque vous vous engagez dans un virage serré pour vous annoncer auprès de potentiels automobilistes qui arriveraient en face.

– Guide Jumbocar Réunion, Guide de conduite sur la route de Cilaos

Le protocole est simple : un coup de klaxon bref et franc juste avant de vous engager dans un virage sans visibilité ou à l’entrée d’un tunnel. Ce n’est pas un concert, juste une note pour signaler votre position. Ce simple geste permet au véhicule d’en face de ralentir, de serrer sa droite et de préparer le croisement. C’est une communication qui sauve des rétroviseurs et parfois bien plus.

Intérieur d'un tunnel étroit de montagne avec technique de conduite sécurisée

Regardez cette image. Dans un tunnel comme celui-ci, la lumière du jour ne pénètre pas. Le klaxon est votre seul moyen de percer l’obscurité pour celui qui arrive en sens inverse. Allumer vos feux est essentiel pour être vu, mais klaxonner est vital pour être entendu. C’est la combinaison des deux qui assure un passage en toute sécurité dans ces boyaux de roche volcanique. La route « parle » à travers les coups de klaxon ; apprendre à l’écouter est la première règle du savoir-rouler cilaosien.

Ne soyez pas timide. Un conducteur silencieux est un conducteur dangereux sur cette route. Klaxonnez, et la route vous répondra.

Bus vs Voiture : comment reculer en côte si vous croisez un bus dans un virage serré ?

C’est le scénario cauchemar pour le non-initié : vous êtes en plein virage en épingle, le capot vers le ciel, et mon bus Kar’O de 12 tonnes déboule en face. Panique. Sueurs froides. Sachez une chose : pour nous, les chauffeurs, c’est le quotidien. Et la règle non-écrite est simple comme bonjour : le plus maniable recule. Et 99% du temps, le plus maniable, c’est vous.

N’y voyez aucune arrogance. Un bus ne peut tout simplement pas manœuvrer en marche arrière dans une pente serrée. Tenter de le faire est un risque pour tous. Votre petite voiture de location, elle, le peut. La première chose à faire est de ne pas paniquer. Respirez. Nous, les chauffeurs, on a l’habitude, on est patients. On va même vous guider avec des gestes si on voit que vous coopérez. Votre volonté de reculer est la clé. Montrez-nous que vous avez compris, et tout se passera bien.

La technique est simple si on la décompose. Premièrement, arrêtez-vous et serrez le frein à main. C’est votre ancre de sécurité. Ensuite, passez la marche arrière. Ne jouez pas avec l’embrayage pour retenir la voiture, c’est le meilleur moyen de le brûler. Relâchez doucement le frein à main tout en contrôlant la descente avec la pédale de frein. Votre voiture va reculer lentement, sans à-coups. Regardez dans vos rétroviseurs, mais aussi directement par la fenêtre pour bien voir la roue arrière et le bord de la route. N’ayez pas honte de reculer de 10, 20 ou même 30 mètres jusqu’à une zone un peu plus large ou une aire de croisement. C’est une manœuvre de sagesse, pas une défaite.

Manœuvre de croisement entre un bus et une voiture dans un virage de montagne

Cette coopération est la clé de la fluidité sur la RN5. Tenter de forcer le passage face à un « gros calibre » est non seulement dangereux, mais aussi inutile. Nous connaissons chaque centimètre de cette route. Faites-nous confiance, laissez-nous la trajectoire idéale, et nous passerons sans même effleurer votre rétroviseur. Un petit signe de la main pour vous remercier, et chacun reprend sa route. C’est ça, l’esprit de Cilaos.

Accepter de reculer n’est pas un aveu de faiblesse, c’est la preuve que vous avez tout compris au respect mutuel qui régit cette route unique.

L’erreur de vouloir faire la route d’une traite sans s’arrêter au « Petit Serré »

Beaucoup de conducteurs, grisés par l’enchaînement des virages, font l’erreur de vouloir « en finir » au plus vite. Ils voient la route comme un tunnel à traverser, et non comme une expérience à vivre. C’est une erreur de débutant. Vouloir faire la montée ou la descente d’une traite est le meilleur moyen de se mettre en danger. Votre concentration s’émousse, vos freins surchauffent, et votre stress grimpe en flèche. La route de Cilaos exige des trêves. Et la trêve la plus sacrée, c’est l’arrêt au belvédère du « Petit Serré ».

Ce n’est pas un simple point de vue pour touristes. Pour nous, les locaux, c’est une zone de décompression technique et mentale. C’est le « baptême du Petit Serré ». S’y arrêter 10 minutes, c’est offrir plusieurs bénéfices vitaux à votre trajet. D’abord, vous laissez votre cerveau se reposer. La concentration intense requise par les virages est épuisante. Une pause permet de recharger les batteries attentionnelles. Ensuite, vous laissez refroidir vos freins, qui ont été mis à rude épreuve. Enfin, et ce n’est pas un détail, vous permettez aux locaux ou aux habitués plus pressés que vous de vous doubler en toute sécurité. C’est un acte de courtoisie qui fluidifie le trafic pour tout le monde.

Le Petit Serré n’est que l’un des arrêts stratégiques qui rythment la montée. Chacun a sa fonction, au-delà de la simple photo souvenir.

Points d’arrêt stratégiques sur la route de Cilaos
Point d’arrêt Altitude Intérêt Durée pause conseillée
Petit Serré 800m Vue panoramique, zone de repos 10-15 min
Pont de la Boucle 950m Architecture unique, photo spot 5-10 min
Sortie tunnel Peter Both 1016m Refroidissement freins, vue cirque 5 min
Cap Noir 1100m Point de vue spectaculaire 10-15 min

Considérez ces pauses non comme une perte de temps, mais comme une partie intégrante de la conduite sécuritaire sur la RN5. Chaque arrêt est une respiration qui vous permet d’aborder la section suivante avec une machine et un esprit reposés.

La route n’est pas une course de côte. C’est un marathon. Et un marathonien intelligent sait quand et où placer ses ravitaillements.

Pourquoi éviter absolument la route de Cilaos après la tombée de la nuit (éboulis, visibilité) ?

Quand le soleil se couche derrière le Grand Bénare, la route de Cilaos change de visage. La beauté spectaculaire laisse place à une obscurité angoissante et à des dangers invisibles. Si vous n’êtes pas un habitué, je vous le dis sans détour : ne prenez pas cette route la nuit. Ce n’est pas une question de courage, c’est une question de bon sens. Les risques sont démultipliés et le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Le premier danger, le plus imprévisible, ce sont les éboulis. La route est taillée dans une roche volcanique très friable. Les chocs thermiques entre la chaleur de la journée et la fraîcheur de la nuit font travailler la paroi. Des pierres, voire des blocs, peuvent se détacher à tout moment. De jour, vous avez une chance de les voir et de les éviter. De nuit, à la lueur de vos seuls phares qui éclairent à peine la sortie du prochain virage, un caillou au milieu de la voie devient un piège mortel. Ce n’est pas pour rien qu’en saison des pluies, la route peut être fermée, car ce risque devient critique. La nuit simule ces conditions de danger permanent.

Le deuxième ennemi est l’obscurité elle-même. La route n’est absolument pas éclairée. Votre visibilité est réduite au cône de vos phares, ce qui vous empêche d’anticiper le tracé et de voir ce qui se passe au-delà du virage. Le troisième danger est la faune. La nuit, les tangues (des petits hérissons locaux) et les chiens errants traversent sans prévenir. Un coup de volant pour éviter un animal peut vous envoyer directement contre la paroi ou, pire, dans le vide. La combinaison de la visibilité nulle, de la fatigue de fin de journée et de ces obstacles imprévus transforme le trajet en un exercice de haute voltige sans filet.

Laissez la route de Cilaos aux chauves-souris et aux chauffeurs de bus qui la connaissent par cœur. Profitez de votre soirée à Cilaos ou à Saint-Louis, et reprenez le volant quand le soleil sera votre allié.

Lentilles de Cilaos : pourquoi coûtent-elles si cher et comment reconnaître les vraies ?

Une fois que vous êtes arrivés à Cilaos, sains et saufs, vous allez vouloir goûter au trésor du cirque : la lentille. Et là, surprise au marché : le prix vous fait toussoter. On parle d’un produit qui, selon la saison, se vend entre 16 et 30€ le kilo. Bien loin des lentilles vertes du supermarché. Alors, arnaque pour touristes ? Pas du tout. Ce prix, c’est le juste reflet d’un travail de forçat et d’un produit d’exception.

La lentille de Cilaos est cultivée sur des terrasses escarpées, les « îlets », où aucune machine ne peut accéder. Tout est fait à la main, du semis à la récolte, en passant par le désherbage et le séchage. C’est un travail harassant, souvent sur des parcelles minuscules. Comme le disent les anciens, c’est une culture qui « demande beaucoup d’amour et de douleurs au dos ». C’est ce savoir-faire ancestral et cet effort humain qui justifient chaque centime.

Yanick, un agriculteur de l’Ilet à Cordes, l’explique mieux que personne :

La lentille est cultivée depuis presque deux siècles à Cilaos. … Le prix s’explique car les planteurs ne regardent pas les horaires, travaillant de jour comme de nuit, du semis jusqu’à la mise en sachets.

– Yanick, agriculteur à Cilaos

Mais attention, le succès attire les convoitises. On trouve parfois sur les marchés des lentilles importées vendues comme des « vraies ». Pour ne pas vous faire avoir, voici les critères à vérifier :

  • La taille : La vraie lentille de Cilaos est petite et fine, pas plus de 5 à 6 millimètres de diamètre.
  • La couleur : Sa robe varie du blond clair au brun-roux, parfois avec des marbrures. Si elle est vert vif, c’est une lentille du Puy, pas de Cilaos.
  • Le point de vente : Achetez directement à la coopérative des producteurs (APLC) à Cilaos, ou sur le marché dominical auprès des agriculteurs que vous pouvez identifier.
  • Le prix : Méfiez-vous des « bonnes affaires ». Un prix inférieur à 12-15€ le kilo doit vous alerter. C’est probablement une imitation.

C’est un geste de soutien à une agriculture héroïque et la garantie de ramener dans votre valise un peu de l’âme du cirque.

À retenir

  • La route de Cilaos a son propre code : anticiper, communiquer par klaxon et céder le passage au plus gros sont les règles d’or.
  • Le frein moteur n’est pas une option, c’est l’outil principal pour contrôler sa vitesse en descente et préserver son système de freinage.
  • Les pauses ne sont pas une perte de temps mais des arrêts techniques nécessaires pour le conducteur, le passager et la mécanique.

Fumée aux roues : que faire immédiatement si vos freins ne répondent plus en descente ?

C’est la situation la plus terrifiante pour un conducteur en montagne. Vous êtes en pleine descente, vous appuyez sur la pédale de frein… et elle s’enfonce dans le vide, sans aucun effet. Une odeur de brûlé et une fine fumée s’échappent de vos roues. Vos freins ont surchauffé, le liquide de frein est entré en ébullition et vous n’avez plus aucun contrôle. C’est le « brake fade ». Le premier réflexe est de paniquer. Le bon réflexe est d’agir, vite et dans l’ordre.

Vous n’avez que quelques secondes pour reprendre le contrôle. Oubliez la pédale de frein, elle ne sert plus à rien. Votre salut réside dans deux autres systèmes : le frein moteur et le frein à main. Il faut agir méthodiquement, sans brutalité. Chaque seconde compte, et connaître la procédure peut littéralement vous sauver la vie. Ne criez pas, agissez.

Le plus important est de ne pas rester passif face à la vitesse qui augmente. Vous devez créer de la friction et de la résistance par tous les moyens possibles. Votre voiture ne va pas s’arrêter d’un coup, mais vous pouvez la ralentir suffisamment pour trouver une issue de secours. La route de Cilaos a quelques rares zones de dégagement ; votre objectif est de les atteindre à une vitesse réduite.

Votre plan d’action d’urgence en cas de défaillance des freins

  1. Rétrograder immédiatement : Passez la seconde, voire la première vitesse, même si le moteur hurle. C’est le frein moteur qui va commencer à ralentir le véhicule.
  2. Pomper sur la pédale de frein : Appuyez et relâchez la pédale de frein rapidement et plusieurs fois. Cela peut parfois aider à recréer un peu de pression dans le circuit.
  3. Utiliser le frein à main progressivement : Tirez le levier du frein à main doucement, par crans, sans jamais le bloquer d’un coup sec, ce qui ferait partir la voiture en tête-à-queue.
  4. Chercher une échappatoire : Scannez la route pour trouver un terre-plein, une entrée de champ, ou même une zone herbeuse sur le bas-côté pour vous arrêter.
  5. Frotter la paroi en dernier recours : Si rien ne fonctionne, utilisez le relief. Frottez les pneus de votre voiture contre la paroi rocheuse ou le muret de sécurité pour créer une friction qui vous ralentira.

Mais rappelez-vous que la meilleure façon de gérer cette situation est de ne jamais y être confronté. Et pour cela, il n’y a qu’un seul secret, la base du savoir-rouler en montagne : le frein moteur.

Frein moteur : pourquoi est-il vital de l’utiliser dans les longues descentes (Maïdo, Volcan) ?

La catastrophe que nous venons de décrire, la défaillance des freins, n’arrive presque jamais par hasard. Elle est la conséquence directe d’une erreur de conduite fondamentale : descendre « sur les freins ». Beaucoup de conducteurs, par habitude ou par méconnaissance, gardent un rapport de vitesse élevé (4ème ou 5ème) et utilisent la pédale de frein par petites touches répétées pour contrôler leur vitesse. C’est la pire chose à faire. Chaque coup de frein transforme l’énergie cinétique en chaleur dans les disques et les plaquettes. Dans une longue descente comme Cilaos, mais aussi le Maïdo ou le Volcan, la chaleur s’accumule jusqu’au point de surchauffe, rendant le système inopérant.

Le frein moteur, c’est l’art d’utiliser la résistance du moteur pour ralentir le véhicule. La règle d’or en montagne est simple : on descend sur le même rapport de vitesse que celui qu’on utiliserait pour monter la même pente. Concrètement, pour la descente de Cilaos, cela signifie rester majoritairement en seconde vitesse, et parfois en troisième dans les portions moins raides. En faisant cela, le moteur tourne haut dans les tours et crée une force de retenue qui stabilise la voiture à une vitesse basse et constante, sans que vous n’ayez besoin de toucher à la pédale de frein, sauf pour un ralentissement plus marqué avant une épingle.

Cette technique préserve votre système de freinage, qui reste froid et donc 100% efficace en cas de besoin. Elle est valable pour tous les types de véhicules, même si la méthode varie légèrement.

Vue plongeante sur une route de montagne sinueuse avec véhicule en descente contrôlée

Que votre voiture soit manuelle, automatique ou hybride, le principe reste le même : il faut forcer la boîte à rester sur un rapport inférieur pour que le moteur agisse comme un frein naturel. C’est la compétence la plus importante pour conduire en sécurité sur toutes les routes de montagne de l’île.

Maîtriser le frein moteur est la clé de la sérénité en descente. Pour adapter la technique à votre véhicule, il est crucial de bien comprendre les principes de son utilisation selon votre boîte de vitesses.

Alors, la prochaine fois que vous entamerez une descente, oubliez votre pédale de frein. Écoutez votre moteur, laissez-le travailler pour vous, et gardez vos freins pour les vraies urgences. C’est ça, le secret des conducteurs qui durent.

Rédigé par Stéphane Grondin, Consultant en logistique touristique et expert en mobilité à La Réunion. 10 ans d'expérience dans la gestion de flottes et l'organisation de séjours autonomes. Spécialiste des routes de montagne, de la législation locale et de l'optimisation budgétaire.